28/06/2010

28/06/10 - 22:30

le dernier jour




Ce que je crois intimement, à l'heure de l'ultime ligne droite, c'est que le destin ce n’est pas la main de dieu, le destin c’est le hasard, et après le hasard, on fait des choix et ce sont ces choix qui constituent le destin.
Blessures plus graves que jamais, si profondes, me rongeant au point de faire un trou dans mon coeur, dans ma tête.

Samedi dernier, j'ai conversé avec ma voisine de palier. Nous nous aimons bien. Nous avons parlé des blessures du corps et de l'âme.
Elle m'a dit comment, dans le modèle héraclitéen, le lien intime de l’âme et du corps est décrit par la métaphore suivante. Celle de la toile d’araignée.
« De même que l’araignée, se tenant au milieu de sa toile, perçoit aussitôt qu’une mouche a brisé l’un de ses fils, et ainsi court rapidement à cet endroit comme si elle souffrait de la rupture du fil – de même l’âme de l’homme, si une partie du corps est blessée, se rend en hâte à cet endroit, comme incapable de supporter la blessure du corps auquel elle est liée solidement et dans chaque partie »

J'ai réalisé que cette image dit si bien l’enchevêtrement et l’intense attachement de l’âme et du corps. J'ai cru comprendre que l'araignée élabore ainsi le fil de sa toile à partir de sa substance intime. Au moment du mourir, la toile est définitivement ravagée, irrécupérable, le lien qui les unissait se dénouant et l’âme étant contrainte au départ.

Je ne vois presque plus personne. Au lycée, je suis parvenu à faire illusion jusqu'à la fin de ce trimestre. Mes derniers élèves.

Marat, pourquoi ?... Моя последняя любовь. J'ai mal.

Je ne connaîtrais jamais la ville de Murom. C'est trop tard. Je t'ai parlé de ma passion pour la culture russe, de Anna Karénine. Je t'aime Marat.
Je n'ai pas eu le temps de te dire à quel point j'admirais la grande poètesse russe Marina Ivanovna Tsvetaïeva. Combien j'aimais la fulgurance de sa poésie.
Depuis quelques jours, je relis ~Vivre dans le feu ~ Confessions. Une autobiographie reconstituée par Tzvetan Todorov à partir des carnets et lettres de Marina Tsvetaïeva. Poignante.



Je pense à tous ceux que j'ai aimés sur cette terre.
A Jonathan mon premier, grand et tendre Amour. A Elias, mon merveilleux Amour, disparu dans un accident d'avion et qui, en 1997, m'a fait découvrir Taormina en Sicile, où je suis retourné il y a trois ans.
A Danny, mon Amour chéri dont j'ai partagé la vie plusieurs années.
A mes parents, à Eddy mon frère, à mes quelques vrais amis.

Epuisement indescriptible. Faire face à son destin. Me reposer pour toujours.
En terre du Loiret. Près de Mathias. La paix tant espérée. Si proche.

"J'arrive au temps des échéances. J'ai dépensé ma vie qui n'est jamais qu'un prêt et qu'il faut rendre à la mort usurière"
Elsa Triolet - Extrait de ~ La Mise en mots ~


"Ici [à Paris], je suis inutile, là-bas [en Russie], je suis impossible."
Marina Tsvetaïeva en 1932

Extraits de ~ Vivre dans le feu ~ Confessions - Marina Tsvetaïeva

« C’est ma voie depuis l’enfance : Aimer : avoir mal. Pour moi l’amour est un grand malheur. »

« En amour, je n’ai su qu’une chose : souffrir comme une bête- et chanter. »

« Sans l’amour, je n’ai pas de vie. »

« Quand je n’aime pas- je ne suis pas moi. »

« Je pourrai, un beau jour, cesser d’aimer. Alors je mourrai…Je finirai, bien sûr, par un suicide… »

« Je reconnais l’amour à son incurable tristesse. »

« Pour vivre – j’ai besoin d’aimer, c’est-à-dire d’être ensemble…[…]

J’ai besoin de chacun, car je suis insatiable. Mais la plupart du temps, les autres n’ont même pas faim, d’où cette attention éternellement tendue : a-t-on besoin de moi ? »

« On n’aime pas ses blessures, on ne s’enivre pas de ses blessures, on veut guérir ou mourir. Mais, au cours de la maladie, on a beaucoup appris et voilà qu’une fois debout, on bénit la blessure qui nous a fait homme. De même en amour. »

« C’est ma voie- depuis l’enfance. Aimer : avoir mal. J’aime – j’ai mal. »

14/04/2010

14/04/10 - 23:59

amore crepuscolare



Un film que j'ai revu hier soir avec Danny, en visite à Paris, à la fois pour son travail et pour me voir.
L'histoire d'un homme, Nino Monti, retrouvant l'amour de sa vie, Anna Brigatti. Des souvenirs, nombreux, reviennent dans la mémoire de Nino.

Le climat de ~Fantôme d'amour~ réalisé par Dino Risi et se déroulant à Pavie, reste pour moi fascinant par son tempo.
Romantique et métaphysique sur notamment les thèmes du temps, de la mort, de l'ennui.
Danny l'a trouvé beau et baudelairien.



On ne peut pas dire pourquoi. La raison de l'amour, c'est l'amour. La raison de l'amour, c'est qu'on aime.
Vladimir Jankélévitch - Extrait de ~ Qui suis-je ~

04/04/2010

04/04/10 - 22:02










- La comète de l'amour ne frôle notre coeur qu'une fois par éternité. Il faut veiller pour la voir.
Il faut attendre longtemps, longtemps, longtemps -

Extrait de ~ Une Petite Robe de fête ~

27/03/2010

27/03/10 - 00:15

deuils



J'enseigne depuis 1996. L'histoire. A des classes de seconde et de première. Trois lycées publics parisiens en quatorze ans.
Aujourd'hui, longue conversation avec le proviseur autour d'un café.
Nous en sommes venus à cette question qui me tient à coeur. Commme à certains de mes collègues.
Celle de la différenciation de son enseignement. A mes yeux, cela passe forcément par faire le deuil de représentations et aussi de pratiques plutôt commodes.
L'angélisme pédagogique existe. Oui. Le sujet renvoie à ce que certains, des réformateurs, appellent le bien des élèves.

Il me semble parfois que les intérêts des élèves heurtent de front ceux des enseignants. Je le dis au proviseur de mon établissement. Il me répond qu'il ne suffit donc pas d’en appeler au sens du devoir ou de l’abnégation.
Moi, je le lui dis. Je ne tiens pas à renoncer " pour le bien des élèves " à des représentations et des pratiques vitales pour ma survie dans le métier et mon propre équilibre.
J'ajoute et lui affirme qu'il me semble plus réaliste de nous aider à reconstruire des satisfactions professionnelles à un autre niveau de maîtrise.
Le proviseur va dans mon sens et me répond que pour lui, c'est aider les enseignants que d'assumer le travail du deuil, sans le minimiser. Bien sûr, ça ne se fait pas en un jour et pas dans la solitude.
Il s'agit surtout pour moi de stratégies de changement, lesquelles passent des dynamiques d’équipes pédagogiques, d’établissements ou de réseaux qui nous aideraient chacun à évoluer, en plusieurs années.

Les deuils à faire, divers, concernent notamment le fatalisme de l'échec.
Pourquoi simplifier en pensant qu'il y a des enfants doués et d’autres pas ?
Vraiment pas nécessaire d’être un conservateur ou un élitiste pour le croire.
Ceux qui luttent, ils sont nombreux, contre l’échec scolaire passent inévitablement par des moments de doute.

C'est qu'il reste difficile de faire apprendre, de donner envie. Tout comme de créer des conditions de développement, d’estime de soi.
Je défends l'idée, d'autre le font, que différencier l’enseignement, c’est faire forcément le deuil de
représentations assez déterministes. Ces représentations, je n'en finis pas de les juger à la fois désespérantes et confortables. D'ordre philosophique, pédagogique bien sûr, scientifique et pratique aussi.

Je défends ma conviction auprès de mon proviseur, de mon refus d'accepter que tout ne soit pas joué " à la naissance " ou " avant six ans ". Que l’échec scolaire n’est pas une fatalité.
Un autre deuil que j'évoque avec l'administrateur du lycée. Celui de la liberté dans la relation pédagogique, qu'il n'est vraiment pas aisé de faire.

En gros, je pense que différencier, c’est accepter de se confronter plus souvent, plus intensivement, et aussi plus méthodiquement aux élèves les moins gratifiants. A ceux qui résistent, " ne jouent pas le jeu ", refusent qu’on les aide.
Je connais l'abus, parfois, de la confiance que j'accorde à certains.

Plusieurs de mes collègues enseignants connaissent mieux que moi des situations d'élèves qui présentent tant de lacunes, de blocages, de handicaps qu’ils ne savent pas, me confient-ils, par quel bout constituer ou reconstituer un minimum d’identité positive et d’envie d’apprendre ni sur quelles fondations reconstruire des apprentissages.

Ils me parlent aussi de ceux encore qui sont désagréables, indisciplinés, agressifs, fuyants, paresseux, mal lavés…

Ce que je sais, c'est que dans l’enseignement public, un maître accepte les classes qu’on lui donne. Nous conservons une marge importante de manœuvre dans ce qu'on peut appeler, j'aime pas trop ce mot, les interactions les plus individualisées.
Différencier, c’est probablement, je pense, mettre cette marge, intégralement, au service des élèves les plus défavorisés.
C’est affronter en quelque sorte la différence sous ses dehors les moins abstraits. Les distances culturelles et personnelles où les conflits, les rejets interviennent.



A nous enseignants, en 2010, alors que l'époque et la politique sont ce qu'elle sont, d'accepter de travailler sur nous, nos préjugés, notre image de l’élève acceptable. De faire notre deuil d'une pratique ancienne.

Il y a tellement à dire sur les deuils à accomplir dans ce métier, ceux des routines reposantes et des certitudes didactiques. Et j'ose à peine évoquer celui du plaisir de se faire plaisir.
Comme par exemple, celui de traiter de sujets qu’on aime bien, mais d’importance très secondaire. Ou se rassurer en faisant à perte de vue des corrections et des contrôles.

Rentré chez moi, j'ai appelé ce soir mon oncle Adrien, le frère de ma mère, à Elche où il vit en Espagne. J'ai gardé un bon souvenir de mon noël 2007 auprès de lui et de sa compagne.

Nous avons un peu parlé ensemble de mon métier d'enseignant. A un moment de notre conversation, je lui ai dit qu'on n'en finirait pas de dresser la liste des gestes professionnels spectaculaires, mais inefficaces, et aussi des habitudes confortables pour le maître, mais soporifiques pour les élèves.

Je lui ai dit le fonds de ma pensée. Que sans doute, peut-on en dire autant de tous les métiers. Adrien , mon oncle, me répond qu'il faut bien vivre, survivre, s’amuser un peu et changer pour lutter contre l’ennui. Et aussi ne pas changer et faire fonctionner des routines pour ne pas dépenser trop d’énergie.
Je lui dis être convaincu que le plaisir, au sens large, n’est pas un mobile inavouable.
Parce que alors, comment espérer que des enseignants suscitent le plaisir d’apprendre si eux-mêmes s’ennuient ou sont mal dans leur peau ?

Il reste qu'à mes yeux, différencier, j'y reviens, c’est accepter une forte tension dans la gestion de ressources que je crois rares.
Mon oncle comprend que je lui parle des idées, du temps, de l’énergie, des erreurs fécondes, des synergies, et puis aussi des envies, des projets porteurs auxquels je crois dans mon enseignement de l'histoire.

Je lui fais part de mon questionnement. Que pour moi, tout cela ne va pas de soi. Que le pire, dans une stratégie d’innovation, serait de nier qu’il faille, au moins un temps, renoncer à une certaine tranquillité d’esprit, à un certain art de vivre sans se casser la tête ou à une certaine fantaisie.

Je dis à l'oncle Adrien que je lui envoie un cadeau par colis postal. Le dvd de
~ La journée de la jupe ~
Il n'a pas vu le film en Espagne et aime Adjani qui a obtenu le césar pour son interprétation qui m'a sécoué, que j'ai aimée. Il est content.

Je le questionne sur Adélaïde. Je lui demande s'il connaissait comme maman, le passé de mon arrière arrière grand-mère, son arrière pour lui. Oui, me répond-t-il.
Il confirme. Son suicide à 41 ans, en 1913, dans une île portugaise. Presque vingt ans pensionnaire dans des bordels, dont un à Rio. Après avoir été vendue par notre arrière arrière grand-père.
Je n'en reviens toujours pas. Je lui parle d'un des ouvrages de Thyde Monnier, l'auteur provençal, inspiré de ce vécu et de la série télévisée des années 70 adaptée des romans.

Je lui confie que je ne vais pas bien. Que j'ai mis mes affaires en ordre, acheté une concession, il y a quelques semaines, là où Mathias est enterré dans le Loiret depuis mars 2006, rédigé un testament. Au cas où il arriverait que je ne sois plus là.

J'évoque le téléfilm hommage que la soeur de Mathias a coproduit en hommage à son frère et qui est en cours de montage. Que le personnage d'Alex y incarne l'homme que j'ai été.
L'oncle Adrien ne comprend pas.
Je l'interroge sur le lieu de la tombe de Adélaïde, ce que ma mère n'a pas voulu me dire.
Il m'affirme qu'elle est inhumée à Marseille. Puis me demande affectueusement quel âge j'ai à présent. 42 ans en avril prochain.


17/03/2010

17/03/10 - 22:11






- Père, que vouliez-vous que je fasse ? Je l'aimais, j'attendais un enfant de lui... Alors j'ai pris ma part d'argent dans le coffre de merisier et j'ai quitté la Guirande au plus noir de la nuit, mes souliers pendus au cou comme une voleuse. Et c'est vrai qu'il ne valait rien, ce Richard Falconnet qui n'avait qu'à me toucher pour me rendre folle. II m'a trompée, volée, déshonorée, vendue. Vendue à son ami Pablo qui de l'héritière des Desmichels a fait Vivette, celle qui ne dit jamais non, celle qui accepte tous les hommes, du gros boucher du coin aux marins en bordée.
- Père, comment pourrais-je rentrer à la maison, regarder les miens en face ? Comme dans l'Évangile, le figuier stérile est condamné.

Extrait de ~ Le figuier stérile ~ de Thyde Monnier - 1947

17/03/10 - 22:07

l'inoublié - 4 -



- L'amour supporte mieux l'absence ou la mort que le doute ou la trahison - André Maurois




Aujourd'hui, Candy m'a transféré le mail ci-dessous, de décembre 2005, tel qu'il a été écrit avec ses fautes d'orthographe, retrouvé dans le pc de son frère, et adressé par F. à Mathias.
Elle m'écrit que ce n'est pas seulement du journal intime de Mathias, retrouvé après son suicide le 14 mars 2006, que le scénario et les dialogues du téléfilm ont été écrits mais aussi à partir de l'intégralité des messages par mail échangés entre les deux hommes. Conservés par Mathias.

Les scènes de luge, s'en inspirant, ont été tournées à Annemasse.

Le film n'a pas encore de titre définitif. ~ Roses à rebours ~ est celui du scénario.
Le montage a commencé et la diffusion est envisagée sur fin 2010. La TSR2 est coproductrice et aussi une chaîne de la TNT en France.
C'est compliqué m'a-t-elle indiqué. Choix de coupes à effectuer.

J'ai peur. L'avenir est compromis. Je tiendrai jusqu'à ce que le téléfilm soit achevé d'être monté. Afin de parvenir à le voir.
Avec Candy, nous avons parlé au téléphone de mon aïeule Adélaïde, morte aux Açores en 1913 après s'être suicidée. Et aussi du roman ~ Le Figuier stérile ~ ainsi que du personnage de Marguerite Desmichels.
Elle a acheté le dvd de la série tv de 1974, adaptée des romans de Thyde Monnier.

Mon arrière arrière grand-mère vendue à un tenancier de bordel situés en Europe et en Amérique du Sud. Par Edgar son mari, mon arrière arrière grand-père. Un voleur, un très mauvais homme.

Un autre genre d'homme encore. Celui qui prétend aimer l'homme qui compte plus que tout à ses yeux, puis qui après l'avoir trahi, le conduisant au suicide, s'affiche sur GA quelques semaines plus tard, avec une photo dont il a bien pris soin de supprimer les roses rouges qu'il tenait contre lui. Celles de celui qui l'aimait vraiment. Mathias.

----Message d'origine----
De: F@
A: M@
Sujet: Re:
Date: Wed, 21 Dec 2005 22:16:26 +0100

Bonsoir mon Ange,

Je fais suite à ton message un peu tardivement, j'étais très heureux de
t'accueillir chez moi et d'être en compagnie des enfants qui t'on apprécier
dès les premiers instants !
Tu as su trouver ta place ici sans grandes difficultés, les enfants t'on
acceptés et même adressés des petits mots charmants et réconfortants, çà m'a
beaucoup surpris d'eux, mais çà prouve que tu t'es fait accepté par-ce que
tu es resté fidèle à toi même, simple, sensible, agréable, et tu as su
partager des moments de joie et de partage avec eux !

J'ai apprécié qu'E. t'écrive un petit mot, qu'I. te demande de rester
vivre avec nous à A. et qu'elle profite de la neige pour faire de la
luge avec toi !
C'était des moments magique, comme je les aimes, c'était bon d'être avec
toi, de te retrouver, de partager et d'apprécier quelques instants de
bonheur !
Tu as su encore me combler de joie en venant me voir ici ; et en m'adressant
des fleurs... ce sera la troisième fois !

Tu es si charmant et si romantique dans tes sentiments que je ne me
souvenais plus comment c'était si bon d'être encore désiré et bon de se
sentir aimé, tu es si gentil avec moi, qu'il m'arrive de croire que je vie
un conte de fée !
Merci mon Ange, tu es très gentil avec moi, je ne sais pas si je mérite
toutes ses attentions, j'en fais si peu à côté de ce que tu fais pour moi,
je préfère rester humble dans mes écris des fois, qu'aujourd'hui, je n'ai
plus de retenues...t'es trop mignon, je t'aime tellement, qu'il me tarde de
vouloir venir te retrouver et te dire combien je t'aime pour tout ce que tu
m'apporte depuis que je te connais.

Je t'embrasse et j'espère que nous pourrons partager des moments en
amoureux, je serai présent normalement le lundi 16 janvier 2006 à PARIS pour
un entretien, et sûrement le week-end du 14 et 15 aussi !

Bisous, à mon Ange chéri !
Ton doux coeur...F

14/03/2010

14/03/10 - 22:40

l'inoublié - 3 -



Quatre ans aujourd'hui que tu nous as quittés Mathias.
Je me souviens de ton amour pour les films de Douglas Sirk.
Nous étions allés en voir plusieurs au Max Linder à Paris. Tu voulais me les faire découvrir. Je les avais beaucoup aimés.
Comme me reviennent les images du film ~ Le secret magnifique ~
Les efforts vers la rédemption du personnage de Bob Merrick à la fois inconscient et maladroit, interprété par Rock Hudson.
L'Etude - Tristesse - de Chopin si enivrante dans ce très beau long métrage.
Tu me manques Mathias.


06/03/2010

06/03/10 - 21:36

l'inoublié - 2 -



- La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité -
Alfred de Musset






24/02/2010

24/02/10 - 01:17

pellicule et destins



Je savais que depuis mai 2009, Candy, la soeur de Mathias, était parvenue à finaliser la coproduction du téléfilm qui relate la triste histoire de la fin de la vie de son frère, mon meilleur ami. Disparu le 14 mars 2006. Et dans laquelle, à mes yeux, ma responsabilité, humainement, est incontestable et objective. En partie.

Candy, dont ce n'est pas le métier, est précisément coproductrice avec une chaîne de télévision française du service public, ainsi qu'avec une chaine de la télévision Suisse. Elle a hypothéqué sa maison pour entreprendre de produire ce téléfilm hommage.
Elle m'a expliqué combien ce projet avait été long à concrétiser.
Elle a pensé abandonner, m'a t-elle confié, lorsque ma dépression, durant l'été 2008, s'est agravée, dix huit mois après ma tentative d'en finir avec ma voiture le 25 décembre 2006 et un long séjour à l'hôpital.
Pendant ma seconde convalescence, près de Ouistreham, d'octobre 2008 jusqu'au début de 2009, le projet est resté immobilisé. C'est moi qui, dès mars 2009, alors que je reprenais des forces, ai encouragé Candy à le remettre sur les rails, à le poursuivre. En la rassurant sur ma capacité à faire face. Concernant mon attitude à cette époque tragique. A ce que ma longue et profonde amitié avec son frère m'ont conduit à faire pour lui, à son insu, puis à lui dire. N'imaginant pas l'impensable et tout ce qui a suivi jusqu'à ce jour.

Il est vrai qu'au printemps 2008, nous avions, les parents, la seconde soeur et le frère de Mathias, son ex compagnon R. et moi-même, donné notre accord au projet, suite à l'écriture du scénario ~ Roses à rebours ~ .
Mon post - fusible en joue - du 23/04/2008 parlait de ce moment particulier.
Un scénario, de qualité, très proche de la réalité, des faits, adapté du journal intime de Mathias relatant les derniers mois de sa vie et de son amour pour F.

Candy et les producteurs des chaînes de télévision associés, ont choisi un réalisateur expérimenté et le tournage a pu commencer durant l'été 2009.
Prises de vue à Annemasse et à Paris. Annemasse au lieu de Annecy et son Lac où vit toujours l'homme tant et si aimé par Mathias.
La soeur de Mathias s'est rendue aussi à Annecy pour s'imprégner de l'atmosphère de la ville où son frère avait rejoint F. en décembre 2005. Un week end. Mathias, ignorant que quelques semaines plus tard, il serait trahi et abandonné par lui. Après que je le lui ai révélé... Comme j'ai eu tort. Profondément.

Les personnages portent tous des prénoms différents. Dans ce film de télévision approchant une durée probable de 110 minutes, dont le tournage s'est achevé, il y a peu, je suis Alex.
Martial est le personnage qui interprète Mathias. Le personnage de Francis est celui de F.

Lui, que dans mon premier blog, entre Août 2006 et juin 2007, journal hommage à Mathias, je ne pouvais m'empêcher d'appeler - l'homme qui vit près d'un lac -
Celui que je suis parvenu à faire reculer. Qui m'a menacé anonymement à l'époque. De l'article du code civil alors qu'il était tout, sauf identifiable. Son anonymat reste strictement respecté dans cette fiction télévisée mais adaptation fidèle.
Lui, qui n'a pas hésité, quelques semaines après le suicide de mon ami le plus cher, à s'afficher sur GA, avec une photo qui, à l'origine, le représentait avec les roses rouges de Mathias. Fleurs d'amour qu'il avait pris soin de supprimer. D'effacer.

C'est moi qui, douloureusement, si insoutenablement, nécessairement, suis parvenu à lui faire désactiver cette photo. La famille de Mathias ne supportait pas qu'il puisse s'être moqué de leur fils et frère à ce point. Ils m'ont soutenu, aidé et aimé ainsi que R. dont il avait partagé la vie des années auparavant.
Puis, j'ai voulu en finir le jour de Noël de 2006. Les tonneaux dans le ravin. La voiture broyée. Survivant et en sursis.



L'acteur qui interprète Francis, et donc F., est beau.
F. dont j'ai pu voir quelques photographies, ayant été imprimées à partir du pc de Mathias, a beaucoup de charme. Un beau regard bleu. Je pense souvent à cet homme.
Verra t-il ce téléfilm dans quelques mois ?

Candy doit en suivre le montage. La date de diffusion, n'étant pas encore programmée à ce jour.
Elle me confiait hier soir au téléphone qu'elle restait lectrice de mon blog, le second. N'hésitant pas à me dire que mes posts étaient rares. Elle m'a envoyé par mail aujourd'hui une photo de tournage, en me précisant qu'elle m'autorisait, avec l'accord de l'acteur interprète, à la mettre en ligne, si je le souhaitais.
Belle photographie que j'intègre, intimidé, dans ce post que je rédige. Celle du personnage de Francis, incarnant F. et serrant les roses contre lui.
F. s'en était débarrassé si facilement. Odieux. Roses jetées. Niées.

Si tu me lis Candy, ce dont je ne doute pas, je te remercie et t'embrasse ainsi que tes proches et tes parents. Je n'ai pas pu voir encore le téléfilm puisqu'il est en cours de début de montage. Juste quelques rushes, il y a huit jours.
Tu m'as respecté et aimé à travers le personnage de Alex qui m'incarne. Pas facile. Mais le scénario que Sébastien D. a écrit tient ses promesses à travers les quelques images filmées que tu as bien voulu me montrer.

Ce 1er janvier dernier, j'ai appris par ma maman, que Adélaïde, mon arrière arrière grand-mère maternelle était morte aux Açores en 1913, après avoir mis fin à ses jours dans un bordel. Qu'un roman de Thyde Monnier, ~ Le figuier stérile ~ en relatait la plus grande part de la destinée.
J'ai lu ce roman. Fasciné. Un choc. Ne pouvant y croire. Ainsi que les autres tomes consacrés aux autres personnages des Desmichel.
Ma grand-mère maternelle, Irène, âgée de 84 ans et toujours de ce monde, m'a tranquillement confirmé ce passé de Adélaïde, sa propre grand-mère.
Ce que j'ai appris aussi, Candy, et ça je l'ignorais, c'est qu'une adaptation télévisée avait été réalisée en 1974 pour la télévision française, le personnage central étant celui d'un berger en Provence.
La quatrième époque de ce feuilleton raconte l'histoire du personnage de Marguerite Desmichel, dont le roman ~ Le figuier stérile ~ décrit le parcours. Le destin.
Semblable à celui de mon arrière arrière grand-mère Adélaïde.

J'ai pu acheter sur l'Ina, puis télécharger les épisodes de cette époque. Un second choc. Emotionnellement. J'y reviendrai dans un prochain post.
Le monde est petit. Lorsque Mathias travaillait dans la post synchronisation de dessins animés, il avait croisé la comédienne Catherine Lafond, dont la voxographie est célèbre. Et aussi interprète du personnage de Marguerite Desmichel Falconnet dans la série tv adaptant la saga de Thyde Monnier.

Tu vois Candy. Mathias, devenu Martial dans ce téléfilm que tu coproduis. Et Adélaïde, mon aïeule incarnée à travers Marguerite, ce personnage émouvant, dramatique dans ~ le Figuier stérile ~ et auquel, Catherine Lafond, prête vie avec talent et grâce, dans la série télévisée d'il y a déjà trente cinq ans. Le dvd existe à la vente. Il faudra vraiment que tu le vois.

Je pense à Mathias, ton frère. Presque quatre ans qu'il n'est plus parmi nous. J'ai toujours mal. La vie continue.

21/02/2010

07/01/2010

07/01/10 - 22:06

arbre inattendu






31 décembre 2009 au soir. Auprès de mes proches. A Paris, chez moi, douzième arrondissement.
Mes parents sont venus de Ouistreham me retrouver ainsi que Eddy, mon frère cadet.
Mon ami Jonathan, dont je suis tombé amoureux adolescent, il y a presque vingt cinq ans au lycée, est présent aussi. J'en suis heureux. Nous sommes restés liés.

Chaleureux échanges sur les choses de nos vies. Sur nos secousses. Des instants légers aussi, festifs bien sûr, et des conversations plus graves.

Durant notre agréable dîner que ma mère m'a bien aidé à préparer, Jonathan aborde le sujet de nos existences en termes de passion et de malaise d'exister. Mon père défend l'idée que si l’existence est ce que nous vivons, ce que nous pouvons seulement penser de la vie est bien différent de ce que nous vivons.
Que celle-ci est la réalité elle-même. Bien loin d'un simple concept.

Pour ma part, je me décide à exprimer à la tablée mes sentiments sur ce thème passionnant. Mon expérience.
Je leur parle de mon vécu de ces dernières années. Depuis 2006.
Ce qui s'est passé quand la faiblesse de vivre s'est emparée de moi. Que l’existence semblait s’effondrer. L'écroulement.
Le glissement de mes doigts sur la paroi des choses. L'incapacité qui a été la mienne pendant cette période, à mon sens, de m’accrocher à rien. De tomber. De m’effondrer.
Combien pendant ce long moment d'effondrement, les choses, les objets, les personnes mêmes cessaient, je crois, d’avoir pour moi un sens.
Je leur dis que ma conviction est qu'il suffit d’entrer dans le vécu de la dépression pour éprouver et comprendre l’effondrement du sens de l’existence dans l’absurdité. Eddy semble pensif.

L'ambiance, heureusement, n'est pas plombée. Ils me savent tous plus solide.
Jonathan soutient, qu'à ses yeux, le sentiment de plénitude de l’existence ne nous est donné qu’à la condition d'être entièrement disponible au maintenant. Que le reste du temps, la vie n'a guère de sens, et s'apparente à une misère d'exister, une errance.


C'est à ce moment que Maman évoque la mémoire de Adélaïde, son arrière grand-mère maternelle, décédée à quarante et un ans, en 1913, après avoir mis fin à ses jours alors qu'elle se trouvait aux Açores. Ca ressemble à un secret de famille. La triste fin d'existence de mon arrière arrière grand-mère a eu lieu il y a presque cent ans. Mais je n'en sais guère plus. Pratiquement rien.

Eddy pose des questions sur l'aïeule maternelle, et ce que nous apprenons nous sidère tous.
Ma mère, dont la famille est originaire de Provence depuis plus de cent cinquante ans, nous révèle que l'histoire de Adélaïde a inspiré un auteur du nom de Mathilde Monnier, mieux connue sous le nom d'écrivaine française de Thyde Monnier et native de Marseille, disparue en 1967.
Que l'ouvrage en question, écrit en 1947, s'appelle ~ Le figuier stérile ~ et qu'il correspond à un tome, parmi plusieurs, consacrés à l'histoire d'une famille provençale sur plusieurs générations.

Je ne comprends pas exactement de quoi il retourne et mon frère non plus. Ca me trouble. Je demande à ma mère quelle a été la vie de son arrière grand-mère Adélaïde, ou plutôt ce qu'elle en sait. Et aussi comment se peut-il qu'une femme écrivaine au talent reconnu, ait pu en relater le destin ou une partie à travers un personnage d'un roman. Je n'en reviens pas.

Maman sait, nous dit-elle, que sa grand-mère, Hélène, la fille d'Adélaïde, connaissait des membres de la famille Monnier au début des années 30.
Qu'ainsi, elle a été amenée d'une manière ou d'une autre à relater le vécu de ses parents, Adélaïde et Edgar. Une certaine anxiété m'envahit. J'abreuve ma mère de questions.

A-t-elle lu ce roman et comment s'appelle le personnage féminin ?
Marguerite répond-t-elle, nous confirmant qu'elle a lu et relu l'ouvrage ainsi que tous les autres tomes relatifs à différents personnages créés par Thyde Monnier.

Mon père, plutôt mal à l'aise, et mon frère Eddy lui demandent, si véritablement, le roman réflète le destin de Adélaïde.
Maman, émue, confirme que sur beaucoup de points, cette histoire tragique est bien celle de son arrière grand-mère. Qu'elle l'a appris par sa mère, Irène, l'ayant reçu elle-même en confidence de Hélène sa propre mère et fille d'Adélaïde.

Je me lève de ma chaise. Je ne savais rien de ce passé. Je ne comprends pas. Qu'est ce que c'est ?
Je dois. Je veux lire ce roman. Me le procurer. Si c'est encore possible. Et dans quelle édition ? Ancienne. Je suppose. Je me sens impuissant.
Je me dis que je vais accompagner mes parents quand ils vont rentrer à Ouistreham ce 1er janvier. Que ma mère va pouvoir me prêter le livre.
Je pense à Adélaïde, à Mathias, à ma voiture disloquée le jour de Noël 2006 dont je suis sorti vivant. Je ne suis jamais allé au Açores.

Je revois l'arme, ce jour de juillet 1978, pointée par ma mère vers le miroir dans lequel elle regardait son image, ignorant que l'enfant de dix ans que j'étais alors, l'observait.

J'essaie d'imaginer comment et pourquoi Adélaïde a mis fin à sa vie à quarante ans passés dans une de ces îles de l'Océan Atlantique, au large du Portugal, un peu avant le commencement de la première guerre mondiale.
Et aussi, si mon arrière arrière grand-père maternel, Edgar, l'accompagnait en voyage quand elle a accompli son geste.
Ma mère me laisse entendre, sans oser m'en dire plus, que la vérité est cruelle, triste. Terrible.




Jonathan, qui comprend ce que tout cela remue en moi, pense que le livre est probablement trouvable aux Puces de Saint Ouen ou chez les bouquinistes sur les quais. Il connaît, me dit-il, le nom de Thyde Monnier, dont l'oeuvre littéraire de qualité, précise t-il, a eu une certaine notoriété, il y a soixante ans.
Je me reprends et retrouve un peu mon calme. Mon frère Eddy s'interroge aussi. Je regarde mon père. Savait-il ou non ?

C'est si loin ce qui est arrivé. Je voudrais tant connaître son histoire.
Je souris. Je suggère à ma mère de choisir un cd à proximité de ma platine. Elle caresse mes cheveux. Son choix se porte sur le compositeur Khachaturian.
Alors, je lui demande de pouvoir écouter tout de suite ~ Adagio of Spartacus et Phrygia ~

"...Maman, sais tu où ton arrière grand-mère repose ?...dans le Sud de la France ou aux Açores ? ... dis le moi ...ne crains rien..."

Je vais dans ma chambre et me connecte sur le site de Priceminister. Ma recherche est rapide.
~ Le figuier stérile ~ existe en plusieurs éditions.

Je rejoins ma famille. Silencieux. 2010 tout proche.

01/01/2010

01/01/10 - 01:28

premières heures an 10



Et l'obsession du temps qui passe, qui sculpte les êtres que nous sommes.


24/10/2009

24/10/09 - 19:58

finitude






couchant, soir, achèvement, crépuscule, effondrement, expiration, agonie, fin.



15/08/2009

15/08/09 - 13:00


Je l'ai relu. Un livre dont je réalise bien, aujourd'hui, qu'il restera pour moi incontournable.
Qui me touche tellement parce que Barthes y décrit l'inquiétude de l'amour, cet état fébrile et mouvant, et solitaire et magnifique.
Emotion et vérité se dégagent des mots justes, des mots vrais de Barthes, qui, par son démontage des mécanismes du discours amoureux, en démontre les enjeux.
C'est un peu comme si Roland Barthes s'était rendu compte que les amoureux, s'ils employaient une langue bien à eux, la parlaient en solitaire, dans leur coeur.
Le coeur, peut-être plus seul qu'un être aimant.



« Du milieu de la tempête qui me déracine, me dépossède de mon identité, je veux parfois revenir à l'origine – à mon origine. Une pente invincible me fait glisser, descendre (je coule) vers mon enfance. Mais la force qui produit ce souvenir est ambiguë : d'une part, je cherche à m'apaiser par la représentation d'un temps adamique, antérieur à tout souci d'amour, à toute inquiétude génitale, et cependant empli de sensualité ; par le souvenir, je joue ce temps contre le temps du Souci amoureux ; mais aussi, je sais bien que l'enfance et l'amour sont de même étoffe :
l'amour comblé n'est jamais que le paradis dont l'enfance m'a donné l'idée fixe. »

Roland Barthes ~ Fragments d'un discours amoureux ~


03/08/2009

03/08/09 - 23:25

d'amour se perdre






«… mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»
Alfred de Musset



20/07/2009

26/06/2009

26/06/09 - 16:21

l'inoublié - 1 -






Il m'a fallu résister à la destruction de moi, chaque instant, chaque minute. Pendant des mois, mon corps et mon esprit se sont mis en berne. En octobre dernier, je n'ai pas pu poursuivre mon travail d'enseignant. A terre. Malgré ma volonté d'avancer.

Oui, c'est une lutte sans merci que j'ai mené contre la dépression depuis la mort tragique de Mathias, il y a plus de trois ans. La sensation profonde d'impuissance à vivre était devenue mon ennemie familière. Avant comme après mon crash automobile volontaire de décembre 2006.

Hospitalisation, cure de sommeil, puis séjour en maison de convalescence, en Normandie, pas très loin de Ouistreham.
De retour à Paris, j'ai repris mes cours en mars 2009.
Mes forces peu à peu retrouvées. Une part de l'homme que j'ai été n'existe plus. S'en est allée.
Je sais que d'une certaine façon, la douleur est éniliminable.
Bien que je ne crois pas vraiment au travail de deuil, mon médecin m'avait affirmé que mal résolu, ce dernier pouvait évoluer négativement.

C'est ma mère qui, en larmes et désemparée, m'a fait découvrir l'album de l'actrice Marie-Christine Barrault. Sur des textes de Vadim.
~ Ne meurs pas ~ est dédié à Mathias disparu le 14 mars 2006.


03/10/2008

03/10/08 - 00:55

la cruauté de l'amour






Chaque soir, avant de m'endormir, je poursuis ma lecture de mon livre de chevet ~le choc amoureux~ de Francesco Alberoni. Son titre italien ~Innamoramento E Amore~ signifie l'amour naissant, ou l'acte ou sensation de tomber amoureux.
Page 19, il écrit,
" L'autre, l'être aimé, devient celui qui ne peut être que lui, l'absolument unique [...] l'être aimé porte en lui quelque chose d'incomparable, quelque chose dont nous avons toujours ressenti le manque et qui s'est révélé à travers lui et que, sans lui, nous ne pourrions jamais plus retrouver."

Mesurer qui je suis par rapport au fait que je sois amoureux ou aimé ne m'intéresse pas véritablement. A mes yeux, le sentiment d'amour qui m'habite ne doit pas devenir le baromètre de moi-même.

Depuis toujours, au plus profond de moi, il y a d'emblée ce qui ne peut se dire, ce qui ne peut s'entendre, c'est la fin de l'amour. Ma peur.
Dans ma vie amoureuse, je n'ai jamais su ni pu dire "...je ne t'aime plus mon amour..."
Parce que mon coeur battait. Même quand il me semblait qu'il n'y avait plus rien sur quoi m'appuyer, que le sol se dérobait sous mes pieds.

Je ne crois pas que le sentiment s'en va sans crier gare, sans raison ou que la réaction de l'autre stoppe net l'élan amoureux. J'ai fini par comprendre que la souffrance aussi fait partie des signes d'amour.
Il en est de même lorsque la séparation survient. Il n'y a pas d'amour sans détresse ni souffrance. Comme pour un deuil, la souffrance est probablement une preuve d'amour. Impossible de s'en passer.




Page 79, Alberoni n'y va pas par quatre chemins,
" Personne ne tombe amoureux s'il est, même partiellement, satisfait de ce qu'il a et de ce qu'il est. L'amour naît d'une surcharge dépressive qui se caractérise par l'impossibilité de trouver dans l'existence quotidienne quelque chose qui vaille la peine. Le "symptôme" de la prédisposition à l'amour n'est pas le désir conscient de tomber amoureux, ni le désir intense d'enrichir l'existence ; mais le sentiment profond de ne pas exister, de n'avoir aucune valeur et la honte de ne pas en avoir. Le sentiment du néant et la honte de sa propre nullité : tels sont les signes avant-coureurs de l'état amoureux."

22/09/2008

22/09/08 - 21:35

el amor es ciego




Il y a un peu plus d'un an maintenant, dans ce même journal de bord, j'avais dédié à l'homme qui fait battre mon coeur ~ Toute une vie sans te voir ~ de Véronique Sanson.
~ Si tu no vuelves ~ est aussi pour lui.


Découvrez Miguel Bosé!


" L'amour naissant, comme tout état naissant, est une exploration du possible à partir de l'impossible, une tentative de l'imaginaire pour s'imposer à l'existant. Plus la tâche est grande, plus long est le voyage, moins probable est l'arrivée. Son histoire se réduit alors à l'histoire de ce voyage et de ses mésaventures, des luttes soutenues, sans qu'il y ait jamais une rive où aborder, un port où festoyer "

~ Le choc amoureux ~ Francesco Alberoni

17/09/2008

17/09/08 - 22:08

répétition (2)




Ce qui s'est imprimé en moi, à jamais, c'est la tendre complicité m'ayant toujours uni à mon père depuis mon plus jeune âge.
A mes yeux, il s'est toujours senti impliqué par son petit garçon. J'étais son fiston, son petit bonhomme. Le même que lui en tout petit, son portrait tout craché, m'a t-il dit un jour. Ajoutant que de ma mère, j'avais hérité des yeux verts et de quelques traits de caractère.

Entre lui et moi, c'est une sorte de relation en miroir ou de phénomène d'identification croisée qui s'est joué. Même si aujourd'hui, je ne suis pas convaincu de m'être véritablement identifié à mon père. Je n'ai pas de réponse ni d'intuition particulière concernant la question de savoir si un père recherche coûte que coûte la confirmation qu'il est un bon père. Mais je crois intimement qu'un homme qui se retrouve père d’un petit garçon est renvoyé aussi en écho aux relations avec son propre père.

Les jeux avec lui étaient physiques et vifs, toniques. Joyeux aussi. Mais il ne me semble pas qu'il ait veillé farouchement à m'éduquer comme un « vrai petit mec », ni à avoir la tendance à me cantonner dans des rôles dévolus traditionnellement au sexe masculin. Mon papa a été bien sûr, mais pas seulement, mon repère identificatoire et nous jouions ensemble à simuler des bagarres, à faire l'avion.

Et puis un jour, son automobile a fait son entrée en scène et dans ma vie. Déterminant. J'avais six ans. Mon père, à la fois câlin et sérieux, m'a proposé de prendre le volant avec lui. Moins pour m'apprendre quelques rudiments de conduite, évidemment, que pour partager une tendre connivence. Rien que nous deux. J'étais emballé, heureux et partant.

Naturellement, il s'est installé à sa place de conducteur, décalant légèrement son siège vers l'arrière, de façon à ce que je puisse m'asseoir devant lui. Complices, nous avons roulé pendant un certain temps. Lui, restant à la fois prudent et maître du véhicule, tenant fermement le volant sur lequel mes mains étaient posées près des siennes.


Je me souviens que, attentif, j'observais sa manière d'embrayer, puis d'accélérer et comment il procédait pour freiner. Un nouveau lien, spécial et émouvant, s'est créé entre nous dès cet instant. Régulièrement, nous avons conduit ensemble sa voiture, blottis l'un contre l'autre. Parfois, après qu'il se soit garé, je lui demandais si je pouvais rester seul assis à sa place, ce qu'il m'accordait.

Quelques années plus tard.
Mon père m'attend dans sa voiture devant mon collège à Paris. Il est venu me chercher. Alors que nous regagnons l'appartement familial, il a un malaise.
Il a trente quatre ans. Il est très pâle et respire difficilement. Je ne comprends pas ce qui se passe. Il parvient à ralentir et à stopper sa conduite.
Je pose ma main sur sa joue et lui parle. Puis, je prends sur moi-même. Je lui dis que nous devons échanger nos places. Qu'il doit prendre celle du passager et moi celle du conducteur. Il ne parvient pas à sortir de la voiture et je l'aide de l'intérieur à s'installer sur le siège de droite.

A douze ans, je me sens brutalement responsable de la vie de mon père. Il est si mal qu'il n'objecte rien. Je prends sa place face au volant. Je n'hésite pas et démarre la voiture. Je parcours, à environ cinquante à l'heure, peut-être plus, les deux kilomètres restants jusqu'àu numéro de la rue où nous habitons dans le neuvième arrondissement. Sans obstacles ni intervention extérieure. L'euphorie et l'anxiété se mêlent en moi mais je m'en sors. Nous arrivons enfin. Papa est conscient et me demande d'aller prévenir ma mère.

C'est à ce moment que sa voiture a symbolisé pour moi un objet terriblement affectif et aussi une sorte de lieu, d'espace temps où tout, ce jour là, aurait pu mal tourner. Papa avait été victime d'une chute importante de tension. Il m'a dit qu'il était fier de moi. Ma mère, en larmes, ne comprenait pas. Quelques mois après, je n'ai pas voulu qu'il se sépare de l'automobile pour en acquérir une autre et il l'a gardée.

Alors que j'ai quarante ans et que je ne suis pas père moi-même, je ne sais pas quoi penser de la gentille rivalité qui marquerait, selon Freud, la relation père-fils. Je n'imagine pas un instant avoir voulu m'approprier les compétences ou la force de mon père.

Hier soir, j'ai reçu l'appel téléphonique de Jonathan qui vit dans le sud-est de la France. Mon grand amour. Le premier. Rencontré au lycée alors que j'avais dix sept ans. Je lui ai évoqué ce moment clé de ma vie qu'a été le lien magnifique, trouble et douloureux avec la voiture de mon père.
Son sentiment personnel est que, consciemment, tous les pères ont envie que leur fils les dépasse mais qu'il en va tout autrement inconsciemment. Il a ajouté que le narcissisme de certains pères ou l'impossibilité d'imaginer que leur enfant les supplante, leur fait craindre d'être menacés. J'ai répondu que le mien n'entrait naturellement pas dans cette catégorie.

Puzzle de la vie. Fil "conducteur". Destinée.
De l'automobile paternelle ou de ma vie, je ne sais pas ce qui m'a conduit là où je suis arrivé. Nulle part.